LA VIE DOMESTIQUE

Lorsqu’une œuvre me touche, je pourrais en parler des heures. J’en avertis d’abord à mes amis, puis je me calme, il le faut, puis je réfléchis, remets mes idées en place, et surtout mes émotions, et je mets le tout devant moi.

La vie domestique, avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Helena Noguerra… est un film d’Isabelle Czajka. On pourrait penser donc à un film de femmes, réalisé par une femme, et destiné aux femmes que l’effet miroir soulagera. Peut-être qu’il y avait de ça dans l’intention de la réalisatrice (je n’ai lu aucune critique, aucun article concernant ce long métrage, afin de laisser ma sensibilité d’homme s’approprier l’œuvre de façon libre). Cela était déjà une belle intention.

Le film débute par ce qu’on appelle « un apéro-dinatoire ». Avant l’époque où on devait « se la jouer » pour faire bonne impression, on appelait ça un « apéro », « un truc à la bonne franquette », ou un bon « frichti ». Bref….Aujourd’hui c’est un « apéro dinatoire » où on trouvera toujours quelques tomates-cerise, et dans lequel on n’aimerait pas être. En tout cas pas moi, et sans doute parce que j’ai déjà assisté à ce genre d’invitation. Deux couples. Deux femmes et deux hommes. Deux hommes qui se défient à coups de complexe d’infériorité. L’un d’eux prend le dessus : il est chef d’entreprise (et c’est lui qui reçoit, dans sa belle maison où rien n’est autre chose qu’un étalage d’une réussite subjective) alors que l’autre n’est que proviseur. L’échelle sociale, vous comprenez….

Le coq ayant affirmé sa place, il reste les poules, bien entendu. Il n’y a pas péjoration : c’est exactement comme cela (pour être aimable), que l’hôte perçoit la femme en général. La sienne, c’est la potiche. Elle passe son temps à hocher la tête ou à aller dans le sens de son mari. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures pour le comprendre : il ne faudrait pas qu’elle perde le confort de sa maison, de son compte en banque, ni les privilèges de pouvoir s’offrir les dernières fringues à la mode. Alors elle s’écrase et s’oublie. D’ailleurs ça fait un moment qu’elle s’est vraiment oubliée. Le cerveau humain est magique…

Le portrait de l’homme est dressé dès le début, celui de la femme également, et le tableau du couple peint au couteau. Avec précision.

Le couple référent, il est là.

Peut-être qu’il y a eu de l’amour, au début, mais surtout une histoire de bon parti. Et puis beaucoup d’illusions. Et de principes. Et de règles.

Dans ce film, j’ai vu une critique sociale, balancée en pleine poire au fur et à mesure que la journée d’une femme défile. Une femme épouse, mère de famille, une femme somme toute ordinaire. Mon dieu qu’elle en fait des choses tout au long de sa journée ! Mon Dieu qu’on lui en demande ! Mon Dieu qu’elle en voit, en entend, et analyse ce qui lui arrive ! Si elle analyse, c’est d’ailleurs parce qu’il y a quelque chose qui cloche : elle n’est pas à sa place. On l’a mise à une position et on la pousse à y rester. Et cette position, elle n’en veut plus, juste avant de ne plus en pouvoir. Oui, ça se sent, bientôt elle n’en pourra plus. Cette journée, ce film, c’est la description de la fin de sa condition. Son analyse, c’est sa salvation. Cette femme n’est pas meilleure qu’une autre, elle a juste le droit d’aspirer à autre chose. D’ailleurs, c’est ce qu’elle envisage, reprendre sa carrière, trouver un vrai boulot. Mais elle est dans une spirale, et le cercle est vicieux. Et est-ce totalement la faute de son mari, de ses enfants, ou des autres ? Si on ne l’écoute pas, c’est peut-être qu’elle insinue davantage le problème qu’elle ne l’explique. C’est souvent de cette façon que cela se passe, avant la crise, dans la vie.

Les femmes qu’elle rencontre, ses voisines, leurs maris, sont des parodies. Des parodies que l’on croise tous les jours, partout, en toutes circonstances. Nous sommes tous des parodies, à un moment où un autre de nos vies, et nous sommes tous initiateurs de sketches absolument risibles. Certains restent dans leur condition, c’est tout. « C’est simple, mais c’est bon », dit un con à table.

Car qui, dans sa vie, n’a jamais voulu en mettre plein les mirettes à l’autre en étalant son bonheur, son confort de vie, en essayant d’y croire plus qu’en y croyant vraiment ? Qui dans sa vie n’a jamais organisé de dîners, ou participé à des diners en se demandant ce qu’il faisait là?

Pour moi, et au-delà de la condition de la femme que la réalisatrice veut forcément nous montrer, ce film, c’est nous. Nous si nous ne faisons pas attention. Nous si nous ne disons pas « stop ». Nous si nous n’avons pas ce courage-là. Nous si avons bien plus peur de perdre notre confort de vie que de perdre ce que nous sommes vraiment. Ce film, c’est le résultat de ce qu’il advient si jamais on se néglige. Femmes et hommes compris. Et ça donne envie de vomir de devenir comme ça.

« Il te reste un Voluto ?-Oh non, je n’en ai plus, ça part très vite »…


Ps: si quelqu'un veut m'offrir l'affiche originale, évidemment j'accepte!

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