L'EPONGE

Je t’ai revu le regard fatigué, les larmes aux yeux, le teint blafard. Instantanément j’ai pris ta souffrance, occultant la mienne, pourtant grandissime, éléphantesque et sournoise, mon corps le sait, et me le rappelle chaque jour. Je me suis souvenu quel était mon danger : m’oublier pour prendre le mal qui t’habite, essayer de le comprendre, patienter qu’il se dissipe, l’espérer. Je me suis rappelé quel était mon Talon d’Achille : je ne supporte pas la souffrance de l’autre, c’est un fait. Je me suis souvenu à quel point s’imprégner du mal de l’autre en s’imaginant l’apaiser était vain. Si vain. Il m’a fallu faire la gymnastique : me souvenir que moi aussi, j’avais tant souffert. Je veux bien être le sauveur de celui qui souhaite être sauvé. Je suis même prêt à tout pour atteindre ce magnifique dessein. Mais je ne serai plus l’éponge, absorbant le mal sans savoir l’évacuer, s’imbibant jusqu’à ne plus recevoir, jusqu’à pourrir.

C’est ça ma vérité : je ne pourrirai plus d’aucun fardeau qui ne m’appartient pas. Je porte le mien, qui se déleste de plus en plus, et jusque-là je tiens. JFG


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