ETRE LOIN POUR MIEUX VOIR

De loin je t’observe, si ce n’est que je te subis. L’étranger que tu es devenu à mes yeux, tes actions agressives auxquelles je ne répondrai pas pour ne pas descendre à ton niveau, ta façon de m’ignorer, de me faire comprendre que je n’existe pas, même si cela me blesse, crois-tu que je vais tomber ?

De loin je t’observe, et des fois je ris. Au moins j’ai ça : le rire et la dérision. Oui, je rigole, pendant que toi tu postes des photos sur Instagram, la langue sortie par fausse mégarde pour un selfie ; au sport (ta nouvelle passion), ton ventre à l’air, tout transpirant (pour une fois que tu bouges ton gras), une main posée dessus, la tête légèrement penchée en arrière, de côté, la bouche entrouverte, un message à l’appui, avec des mots, qui racontent « que le sport paie et que c’est important de prendre soin de soi», alors que le vrai message n’est pas tes mots, mais le nombre de « like » que tu vas récolter pour satisfaire ton égo. Toi qui fais ta « chaude » sans en avoir l’air, toi qui cherches. J’éclate de rire car, je l’avoue, j’ai rarement vu une photo aussi ridicule, mais c’est parce que je te connais, et c’est aussi parce que j’observe ta frénésie d’abonnements à tous ces profils uniquement masculins. Ça clique et ça clique, tu sais que je regarde, ça frôle l’hystérie, ce quelque chose à prouver, il t’en faut des gens pour obtenir les « like » que tu désires tant, pour fantasmer que c’est par là que tu vas t’en sortir…

C’est un syndrome, ou plutôt un virus, la photo « l’air de rien » à la salle de sport, le sais-tu ? Toutes les folles font ça, toi qui te perçois si masculin, si « hors milieu », si au-dessus de tout…

Oui je ris, même si ça n’est pas toujours drôle de réaliser ce que tu es devenu, et surtout ce dont tu es capable. C’est encore moins drôle de me souvenir que c’est toi que j’ai aimé, mais ça, on m’avait prévenu. L’être humain est capable du pire. Je le savais, pourtant.


Ton maillot de bain bleu fluo, et puis ce slip rose, toi qui a toujours eu la critique et l’avis faciles sur les gens, sur leurs tenues, sur leurs attitudes, sur tout d’ailleurs…est-ce bien raisonnable ? Est-ce bien toi, d’ailleurs, que je vois ?


Transfiguration du cerveau, à défaut du physique, car pour ça, il en faudra vraiment des séances à la salle de sport… Ou peut-être qu'il faudrait plutôt un psy… Je dis ça comme ça, sans certitude, mais avec bienveillance.


Cherches-tu à ce point, à cœur perdu (si jamais il t’en reste un) quelqu’un qui serait suffisamment aveugle pour ne pas déceler que derrière les « like » il y a le « fake » ?

Certes le monde est superficiel, mais tout de même !


Enfin, il faut être là. Là pour assister à la scène, à la prise. De celui qui n’y aura vu que du feu, la prise de celui que tu auras si bien berné parce que si tu es mauvais sportif, tu as au moins cette faculté, bien plus cérébrale que physique, ce pouvoir de caméléon : l’adaptation. On apprend vite à jeter de la poudre aux yeux lorsqu’on n’a rien, lorsqu’on a le cœur aussi sec et flétri qu’une tranche de jambon qu’on a laissé trop longtemps sans protection au réfrigérateur.

Il faut être là, en petite souri, en fantôme, en cigale ou en fourmi, en n’importe quoi, pourvu qu’on puisse voir ça. Il ne faudra rien lui dire, à lui, à celui que tu auras réussi à prendre dans tes filets… Il ne faudra rien lui dire, car il sera amoureux, envouté, et qu’il ne croirait pas un mot des avertissements qu’on aurait à lui prodiguer. Incapable de cela. C’est normal. Et puis surtout, il croira qu’avec lui tu changeras, que ce sera différent…et blablabla.


A chacun de vivre ses expériences, même si elles sont sales. Le tout est de s’en sortir, et d’en avoir les moyens.


Crois-tu donc que, moi, je vais tomber ? Peut-être…

Mais à genoux seulement. Et je me relève toujours lorsque je tombe à genoux.


Oh oui, c’est agressif ce que j’écris. Mais tellement moins que ce que tu fais… Et puis ça me fait du bien.

Moi j’ai ça : les mots. A toi je laisse le reste.

Le reste étant ce qu’on devient après une histoire d’amour, et à quel point, ce que l’on nomme « intelligence » est mis à mal, à quel point apparait à découvert le vrai de l’âme, du caractère, de tout, en définitive. L’autre qu’on a aimé ne devenant qu’un leurre, un souvenir, un fantôme, comme le « pop » d’une bouteille de champagne qu’on sabre avec la mauvaise personne. Les « je t’aime » lancés à l’époque des « tout va bien », galvaudés, maltraités, réduits à néant.

Il faut donc te laisser la bassesse, l’égoïsme, la méchanceté, et la vacuité. On peut au moins avoir le pouvoir de décider cela !

Car non, je ne tomberai pas. Certainement pas pour toi.

Histoire universelle, hélas, et c’est bien pour cette raison qu’il faut la publier.

« Like » le « fake ».

« Like » et « dislike ».

La technologie n’aura changé que les attitudes, et le vocabulaire. Elle n’aura rien fait contre la médiocrité.

Cette médiocrité d’âme.

JFG


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